Héloïse Bonin ou une picturalité inspirée

 

        " Aborder l’univers pictural d’Héloïse Bonin, c’est s’aventurer à une mise en abime de l’humanité tant son travail fait la part belle à une intimité qui par résonance évoque sa propre universalité, l’artiste se positionnant dans le monde par son œuvre.

Formée à l’ENAD de Limoges, peintre et plasticienne maîtrisant parfaitement ses médiums, Héloïse Bonin utilise de préférence le bois pour support, aime à mêler collage et peinture pour des compositions où le vide s’immisce au cœur du sujet générant une grammaire picturale forte où l’expressivité du trait induit une compréhension visuelle avant d’être émotionnelle de l’œuvre.

Elle sait que la peinture est en perpétuelle mouvement à l’instar de l’être qui ne cesse d’évoluer au fil de sa vie. Ainsi travaillant par série, elle ouvre et referme au gré de l’existant des parenthèses créatives qui si elles se succèdent n’en demeurent pas moins reliées entre elles par un fil ténu à l’image de la vie dont elle nourrit son œuvre.

Puisant aux sources même du symbolique, Héloïse Bonin s’attache à dévoiler ce qui se cache derrière les apparences, flirtant à l’occasion avec un surréalisme bienvenu, elle réinvente le temps et l’espace, se jouant de la vie, de la mort, nous dépouillant de nos oripeaux d’humains, nous obligeant à un arrêt sur image pour nous colleter avec l’envers du miroir...

Etre et paraître s’imbriquent se confondent pour nous extraire de la surface des choses, les objets les silhouettes tantôt s’opposent tantôt se juxtaposent pour créer l’interrogation. S’il y a de la beauté dans cette scénographie de l’âme humaine, car il s’agit bien de cela, il y a aussi de la douleur à transcender, de la peur à dépasser et une vérité à accepter, celle de notre finitude.

Héloïse Bonin fait acte de résistance à travers sa peinture, elle cartographie nos émotions, nos parts d’ombre, nos passions aussi. Flux et reflux de la vie s’inscrivent en filigrane de l’œuvre. Le propos de l’artiste fait sens, nous bousculant, nous bouleversant tâchant de nous impliquer pleinement dans son appréhension sensible du monde.

Plasticienne engagée, Héloïse Bonin a conscience de ce que l’art peut apporter à l’autre, pour preuve par le passé son investissement artistique et humain auprès d’un public de malades en cancérologie, de personnes âgées souffrant d’Alzheimer... partager son expérience son savoir-faire mais aussi sa vision son éthique n’est rien d’autre qu’un don de soi disant son appartenance au monde.

Sans pathos, avec intelligence, originalité et poésie, Héloïse Bonin s’affranchit des codes, sans cesse se réinvente par le truchement de sa peinture, elle y déploie ses ailes fragiles et belles, nous invitant à la suivre dans les méandres d’une picturalité inspirée où le morbide côtoie le sublime à l’égal de la Vie.

Que ce soient ses scènes d’intérieur, ses Remix de portraits, ses mannequins peints ou ses natures mortes, Héloïse Bonin quête dans l’acte créateur l’atemporalité de son sujet, désireuse d’être dans l’instant de le pénétrer et de le révéler un peu comme la photographie le fige, le vole...

Sa peinture a quelque chose d’incarné, nous sommes au cœur même de l’anima...

Avec humilité, l’artiste érige une œuvre signifiante où sa perception au monde se manifeste allégorique et cohérente, lucide et instinctive aussi.

 

Talentueuse à n’en pas douter, Héloïse Bonin possède une personnalité à même d’interpeller, d’éveiller l’intérêt du public et de cette manière d’offrir à son œuvre la mise en lumière qu’elle mérite, car ne nous leurrons pas, une œuvre se doit d’aller au devant du monde pour exister au regard de tous.

    Promettons-lui d’être là pour l’accueillir dûment.''

Nathalie Lescop-Boeswillwald - Docteur en histoire de l’art - Critique, poète

Directrice fondatrice de pARTage en terre des arts

         Héloïse Bonin est née en 1979. Elle vit et travaille en Limousin, France.

Elle effectue une année d'école préparatoire aux arts appliqués à La Souterraine en Creuse en 1997 puis deux années à l'Ecole Nationale d'Arts Décoratifs de Limoges (87).

Son travail pictural et l'envie de continuer sa voie artistique est un cheminement long et personnel très fort car il fait suite à un accident survenu lorsqu'elle était étudiante en 1999 et à la volonté par la suite de se consacrer à élever ses enfants.

Elle obtient l'encouragement de la DRAC du Limousin en obtenant en 2010 et en 2013 une bourse d'aide à la création.